Le collier de l’éclipse

Je pourrais vous conter pendant des heures les exploits de la reine Yolanda, surtout ceux arrachés au champ de bataille. Je pourrais verser des larmes en repensant à sa grandeur, à sa beauté, à ses yeux et la harpe Véline. Mais ne nous égarons pas.

Le collier de l’éclipse était parure de la reine. C’est bien sur la gorge de la digne héritière des sorcières d’Orgace, que le collier, objet de notre convoitise, s’articulait étrangement. Jonctions de cercles et anneaux plats.  Dimensions variées d’un or finement ciselé. Quelques croissants, quelques quartiers de disques pleins savamment agencés. Composition géométrique et asymétrique d’un métal incrusté de trois constellations ambrées, émeraude et rubis formées de petites pierres, chacune pas plus grosse qu’un scarabée d’Urla.

L’ombre et les mystères planent sur les circonstances de la confection du bijou. Et je vous affirme, moi, Ipmose, que ce bijou est prodigieux, et que ce prodige est d’ordre magique. Les dieux eux-mêmes ne savaient pas expliquer le reflet ayant prise que sur la parure, ce reflet d’un temps autre, d’ailleurs et accéléré. Les dieux eux-mêmes ! Vous m’entendez ?

Ainsi, par jour, le bijou s’embrasait de deux ou trois couchés de soleil n’atteignant que l’or et les pierres précieuses du collier de l’éclipse. Quelle était cette lumière ? De quelle dimension venait-elle ? De quel monde parallèle ?

Orgon Bétoxonius mentionna, dans le manuscrit d’Ivor, un or baigné d’un clair de lune à l’heure du zénith dans la grande salle des verres du palais Fobul. Et inversement, au fond de la nuit et de la forêt de Grangueux, les cuirassiers Zalars suivaient la reine et le collier brillant de la lumière chaude d’un midi de Pignée.

Mélissa Jida, la concubine, affirme avoir dormie dans l’alcôve royale et vu de ces propres yeux une lueur semblable sur le collier et sur l’iris de la reine dormant les yeux ouverts et fixant les limbes de l’éclipse. Tels sont ses mots : « les yeux ouverts et fixant les limbes de l’éclipse ». Mélissa Jida conta au peuple niréen l’émerveillement d’avoir vu, dans le velours de la couche, une lumière mouvante et lente sur le bijou créant les éclats en musique douce, en rayons silencieux, ambrés, émeraude puis rubis.

Enfin la légende de Padris annonce « la dissonance du collier de l’éclipse » toutes les 277 lunes. Lors de la dissonance, le collier se transforme en sable puis poussière d’or de pierre pour se volatiliser, porté par le vent de l’Oracle. Le bijou réapparait à chaque fois sous la pleine lune, au bras d’une des statues des îles Eparces.

Et le royaume  du Ti, et l’ordre des chercheurs Puca dont la mission était de ramener le bijou au temple Fingueur n’étant plus, c’est là que nous entrons en scène, mes amis. Trouvons le collier de l’éclipse.

Yann Hamonet
Courrier des lecteurs du Journal LeQuotidien (974)
Juillet 2017

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