Ile de La Réunion, Saint-Paul, octobre 2017

Le ciel devant était vaste et avec peu de nuages. Le sable perdait de sa chaleur. Le vent se faisait plus frais. Maintenant loin du midi, la lumière devenait liquide et douce. Les vacanciers de la plage jouaient et posaient en ombres dorées, dans le contre-jour sur la toile de la mer et du ciel. Nous avions à peine une heure avant le coucher de soleil à venir.

Assis sur une serviette de plage et le pied grattant machinalement le sable, l’homme lisait un magazine. L’article, « Sapiens », reviens !, était placé en page 92 d’un mensuel écorné. L’article exposait les propos d’un certain Yuval Noah Harari répondant aux questions du journaliste. Quelle sera la place de l’humain quand les algorithmes nous surpasseront en intelligence ? L’avenir ! Il était question donc « d’intelligence artificielle », de « l’ère de la vie inorganique conçue par un dessein intelligent », de « conscience navigant dans le cyberespace », de « castes biologiques » et « d’intelligences », «  et de conscience ». L’homme finit de lire. Les feuilles du magazine s’animèrent avec la brise. Ainsi les mots de l’article s’envolèrent et ils prirent forme dans le paysage.

« Sapiens », reviens ! se répéta à lui-même l’homme. Il posa le mensuel sur sa serviette à coté de lui. Le soleil dominait encore. Une large bande jaune, rouillée par endroits d’orange et de violine, s’élevait sur l’océan maintenant sombre. Et cet espace étendu d’or ciselé glissait imperceptiblement, tiré par une force titanesque puisque La Terre, entière, tourne. Ce ciel lumineux tendait ainsi à disparaitre derrière la ligne d’horizon peinte à l’huile, d’une couleur épaisse et faite de petites dents cruelles et minuscules. C’est dans cette disparition programmée qu’une pyramide ayant pour sommet le soleil divin posa sa base sur l’horizon. Elle apparut à notre homme qui cherchait à la voir. Les mots du magazine s’étaient envolés et les mirages pouvaient maintenant se dessiner dans l’air doux. Des automates immenses avançaient ainsi lentement vers le soleil, vers le triangle de lumière, vers l’horizon. Un maitre nageur siffla les géants en même temps qu’il siffla la fin de journée. Les monstres lents se retournèrent regardant les habitants bien réels de la plage. Puis, finalement, après une lente concertation, ils reprisent leur marche vers la pyramide. Les nuages sombres et violines se transformèrent en oiseaux merveilleux, au loin. Et dans l’or ciselé de ce ciel happé lentement, se matérialisaient plus loin encore des bâtiments en ruine, des décors de cathédrales et de belles cités géométriques. Ainsi, dans le ciel, les montres, les oiseaux, la pyramide et, croulant dans le jaune, les lointains monuments. Les perspectives se bousculèrent. Des abimes prirent au gré des nuages leur place sur la lumière au bord du monde. Et les portes des superstructures s’ouvraient sur mille et une scènes oniriques perdues. L’homme sur la plage plissait les yeux pour voir, pour essayer de comprendre. Il continuait à faire tourner là-bas son imagination. Les géants du ciel continuaient leur procession, humanoïdes parfois dilués, parfois en morceaux, parfois faits de rouages, parfois naissant d’un geyser. Ce monde mystérieux partait en charivari calme et lent. Tout ce monde tournait le dos en embarquant, derrière l’horizon, le reste de la lumière chaude présente dans le ciel. Le soleil disparut complètement.

L’homme fut pris d’un vertige. L’avenir se dessinera-t-il sans nous ? Quelle est la place de l’homme réel dans cette magnificence et cette lenteur ? Il se leva, pris sa serviette de plage et chercha ses tongs. Il restait silencieux et bouleversé par le spectacle. Il venait de voir quelque chose de beau. Mais tout cela était-il plausible ? « Il ne faut pas penser à l’avenir » conclut-il. C’est parfois étrange de vivre sur une île au milieu de l’océan.

Quant à nous, laissons à l’homme un peu de temps : il est encore si perplexe. Nous reviendrons puisque La Terre tourne et nous le prendrons par l’épaule.

Yann Hamonet
octobre 2017
commande pour un préface (texte non-validé)

Références : article de l’Obs magasine sur Yuval Noah Arari, historien israélien /Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve / Le Cheval de Tostoï

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s