La prison J.Dodu, réflexion et vœux d’une dionysienne

Nous continuons la construction de notre société républicaine. Nous continuons avec ce qui nous tient à cœur, notamment avec notre histoire. Une histoire marquée par des évènements durs, terribles : guerres, crimes contre l’humanité, épidémies et famines. Une histoire de notre île se déployant aussi et heureusement à partir d’idées lumineuses : la république, la botanique et les sciences, le maloya, le séga, les gravures de Roussin, le cinéma sur l’île au plus tôt de l’histoire du cinéma dans le monde, l’abolition de l’esclavage…

Nous continuons la construction et la densification de nos villes suite à la montée de la population liée au pari réussi du mieux vivre ensemble car nous n’avons plus faim comme avant, parce qu’il y a plus de justice sociale, et parce que nous allons chez le médecin et à l’hôpital pour y guérir.

Nous continuons et, dans ce contexte, que faire de notre vieille prison Juliette Dodu, aujourd’hui vide au beau milieu de St-Denis ? Touchons-nous là à une corde sensible de la ville ? Est-ce un organe vital du centre ville ? Un morceau de notre histoire ? Un marqueur de l’esclavage ignoble ? Un bâtiment jadis nécessaire pour protéger la société d’individus dangereux ? Un lieu du destin de l’homme fautif qui fut soit tragique voire horrible, soit marqué par l’apprentissage, par le sevrage, par l’amitié ? Il y a tant de monde qui pourrait encore en témoigner.

Alors, quels sont les projets, les compromis et les forces en place à l’endroit de cet ancien centre pénitentiaire ? Qu’est-ce que nos institutions prévoient pour ce genre d’endroit ? Des logements ? Il me semble que Saint-Denis réussit bien mieux que d’autres villes le pari de la densification urbaine. Il y a des grues à tous les coins de rues qui pourraient en témoigner.

Pour ce karré singulier de la ville, comme beaucoup de dionysiens, je pense patrimoine et mémoire, liberté et forteresse républicaine, histoire et société, avenir et identité. Sachez que la Grande Muraille de Chine est tellement plus belle là où elle trône ébréchée dans les immensités reconquises par la verdure. De plus, je n’ai pas la sensibilité d’un archéologue mettant les os dans des boites après les avoir étiquetés. Aussi je souhaite des racines et du vert pour les squelettes et les âmes en peine du karré-la-geôle. Je souhaite en ce lieu un parc sans concession, et avec des bancs, avec des pierres, des murs ébréchés pour un espace mémorial invitant au recueillement, et s’offrant en espace de vie, en poumon vert, les bras ouverts au centre ville asphyxié.

Fille de commerçant et fière de l’être, je souhaite ici un symbole non-marchand et utile qu’à la fierté de notre peuple métissé, de notre belle France et de notre île de cœur. J’ai la culture du chiffre et du profit, soyez-en sûr. Mais je crois aussi à la nécessité des sanctuaires pour nos idées, nos valeurs et nos croyances. Je crois en La République et quoi qu’il arrive comme aménagement, je garderais le sourire, forte d’avoir donné mon avis.

Merci. Ciao, ciao.

Anny Tanho-Me
paru dans le courrier des lecteurs du journal LeQuotidien (974)
le 3 février 2018

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