Les trottoirs s’étirent et la ville se transforme

Le centre ville de Saint-Denis est compact. On n’y apprend pas à faire du vélo ou du roller. Les trottoirs ne sont pas faits pour les enfants ou pour les personnes à mobilité réduite. Et nous ne sommes pas victimes du pittoresque à l’européenne fait de petites rues biscornues et de petits parcs comme on peut le rêver en allant manger une pizza au Jardin d’Italie ou simplement assise devant la cathédrale. – Derrière la Cathédrale, je n’y vais pas. Ce n’est pas trop prévu pour aller y manger une glace. – Et oui, les rues ont le mérite d’avoir été dessinées par des militaires, honnêtes, loyaux, près à défendre colonie. Rompez. Et moi, j’aime les lettres, mais j’aime beaucoup aussi les chiffres et les rues droites… et les militaires d’ailleurs, seulement s’ils sont romantiques et humanistes.

Les rues sont droites et les murs fatigués. Nos commerces vivent des assauts modérés de la clientèle. Le week-end, les gens préfèrent faire leurs achats dans les galeries climatisées des grands-centres-commerciaux où l’on se gare facilement, où on a la place pour une poussette, où l’on peut s’arrêter discuter avec un dalon sans déranger et sans être sous le soleil ardent. « Nous ne vivons pas en climat tempéré comme à Pinyin (Pékin). » C’est oncle Jean-Michel qui m’a expliqué tout ça dès mon plus jeune âge. Aujourd’hui, lorsque nous en parlons et que je le questionne, il me répond que les gens de l’urbanisme demeurent très peu à St-Denis, le week-end. Ils ne restent pas en ville. Ils vont à la plage ou à la montagne comme beaucoup. « Il n’y a que les enfants de commerçant comme toi qui restent alors le week-end. » Oncle Jean-Mi exagère toujours un peu.

St-Denis est triste et tranquille. Oui, mais il y a la jolie place Rontaunay près du ciné et du Mc-Do, il y a le Barachois et le Jardin de l’Etat, idéal pour manger une glace. Il y a la petite place Debré mais celle-là est nulle, car sans abris contre le soleil ou la pluie. Puis je repense aux trottoirs les plus petits de St-Denis, rue Jean Châtel où sont les glaciers et où très vite j’ai appris à lécher ma glace en faisant le lèche-vitrine des joailleries prestigieuses.

Alors, voilà, je fais le vœu d’une fille de commerçant dionysienne. Et comme les enfants, j’ai des rêves fous. Mon rêve : d’abord, on creuse. On fait de grands parkings souterrains comme à Paris. Puis des hommes et femmes forts avec des casques viennent tirer un trottoir par rue en enlevant une rangée de stationnements. Chouette, un grand trottoir pour Alexis, pour Jean, pour Juliette Dodu ! Et après, les ouvriers posent ça et là des bancs, parfois des protèges soleil et des petits chemins couverts contre la pluie.

C’est irréalisable et trop cher, paraît-il. Mais lorsque je me promène dans les rues désertes de St Denis le dimanche, j’imagine des enfants jouant dans ce centre-ville imaginaire aux trottoirs tirés. Ils courent, roulent ainsi dans la descente vers le Barachois avec plus d’espace et de sécurité. Et les gens se promènent.

Anny Tanho-Me
paru dans le courrier des lecteurs du journal LeQuotidien (974)
le 4 février 2018

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