Antimémoires, juin 2018 (série de textes écrits en compte à rebours)

La nature a repris ses droits.

Poussent ainsi un beau rosier et des orties. Je ne m’approche pas.

Les hautes herbes et les fleurs délicates font de cet endroit un jardin. Une partie de la bâtisse, coquette, a été rebâtie ; avec goût et avec du bois. Tout est beau… à nouveau.

Même ma tristesse tombe sur le bord du chemin. Je suis, quand je viens ici, un faiseur d’arc en ciel.

 

*

 

La maison est en ruine.

Étrange d’être étranger dans ce royaume dont je fus roi.

Les murs sont lézardés ; les poutres, le toit ; tout ce qui fut symétrique et droit n’est plus que barreaux tombés en forêt enchevêtrée en nombre, en ombres, en diagonales.

Les fers, notamment ceux cachés sous le béton, sont maintenant apparents, rouillés, pointés vers l’indésirable.

Je pose toujours, misérable, ma main sur le portail. Même les arbres du jardin, tortueux, me pointent du doigt. La maison se défend d’être détruite une nouvelle fois.

 

*

Je suis revenu. Je n’aurais jamais imaginé à quel point il est terrible de ramasser des bouts de souvenir dans les noirceurs d’un incendie passé et encore fumant.
Va-t’en. Mais va-t’en !

 

*

Je suis parti. Et j’ai vu du pays, laissant derrière moi la maison, entendant la première déflagration qui fit exploser toutes les fenêtres. Je partais faisant bonne mine mais comprenant très vite que le sol tremblait.

Le sol se fissurait derrière mes pas. Mais j’allais vivre enfin. Mais vivre avec ce souvenir. Vivre avec cette déflagration et ruminer les restes sur lesquels il faudra reconstruire sans moi.

 

*

Deux hommes étaient assis, attablés. Deux amis. Sur la table, deux bières. Quelque chose n’allait pas.

« – Les enfants s’adaptent de toutes les façons. »

« – De quoi veux-tu parler ? De quels enfants ? Les tiens ? Les miens ? De ceux du seigneur, ou de l’école ? L’enfant, c’est toi. On s’adapte, oui mon ami. Mais à quel prix ? Et… tu… tu m’inquiètes. »

Ils finirent leur bière en silence. Le premier qui a parlé, se leva en colère, incompris, et prit congé.

 

*

Elle s’est retournée. Elle m’a souri avec ses grands yeux de chat.

« Je te vois,

Suis-moi,

Je te touche,

Je touche tes doigts,

Je te sens.

Laissons-les derrière toi.

Ils ne sont pas avec toi comme je le suis, entière, entièrement à toi.

Suis-moi,

Je te comprends,

Je ferais de toi la fusion de toi et de moi.

Tu es trop lourd de tout ce qui t’entoure.

A deux, nous serons légers. Regarde-nous danser.

Parcourons le monde. »

J’ai longtemps hésité.

 

*

La journée avait été compliquée. Et je terminais le soir, sidéré, seul dans le jardin, le front baissé, écoutant pour me calmer les quelques oiseaux qui chantaient. J’étais poings serrés devant mon barbecue, devant le feu qui, malgré mes efforts, ne prenait pas.

Yann Hamonet
espace web de Romain Philippon, photographe indépendant
Juin 2018

Je vous invite à apprécier les photographies accompagnées des textes sur http://www.antimemoires.fr/

 

 

 

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