Antimémoires, octobre 2018

La nouvelle saison arrive. Aimante, elle pose ses mains sur mes joues. Je la vois grande, élancée. Elle me sourit. Il pleut, chaudement. Je baisse la tête. Je suis gêné. Elle me regarde, amusée. « Ce n’est pas grave, si tu m’as oubliée. Je reviens encore. Je reviendrai tout le temps. » Un vent de cyclone souffle, chaudement. Je suis trempé. Je relève la tête et lui sourit en retour. Il n’y a qu’elle et moi à savoir si je pleure.

*

L’herbe se couche sur moi. L’herbe si petite d’une colline immense.

L’arbre se blottit, tout petit, dans mon ombre.

Le soleil joue l’insecte et s’envole.

Le ciel s’étire à mes chevilles et me fait des chaussettes.

Je regarde l’océan épais qui tempête dans mon verre.

Je suis obligé de réagir. Bienveillant, je crie : « Tout le monde au lit ! C’est l’heure de la sieste ! »

*

Mais je te jure, mon frère, qu’elle est apparue dans la cave ; à la lumière des néons. Sûr. Elle est née, sortant lentement le bout de son nez d’un mur en béton. Elle est née, femme, debout, dans un mouvement horizontal. Elle continuait sa translation droite, la poitrine en avant, épaules en arrière, les bras tombant, les mains magnifiques, les genoux repliés. Elle ne touchait pas le sol. Elle était classe, naturellement ; en lévitation, les yeux fermés. Elle ouvrit les yeux. Sa robe était fossilisée. Elle se défossilisa et devint robe légère. La déesse venait de naitre. Elle déplia ses jambes et commença, doucement, à toucher le sol. Puis elle marcha d’un pas décidé et… et elle est partie. Elle a dit… euh… elle a dit « ciao les mecs. » et voilà. Elle a monté les escaliers. On ne l’a plus jamais revue. C’était fou le truc de la robe défossilisée quand j’y repense. Ça a fait un clac et ça a laissé une fine poussière qui reste sans bouger dans l’air, depuis hier, figée sous l’immeuble, sous les néons.

*

Enfant, je n’ai jamais été moine bouddhiste. Par contre, j’ai gardé quelques fois, bien serrée, la capuche de mon k-way. Je me souviens aussi avoir fait rire de grands enfants en faisant le clown, muni d’un grand bonnet. Enfant, j’ai été, quelques fois, et que pour le meilleur, chauve… chauve dans ma tête.

*

Ça devient dangereux lorsque l’on voit les lignes à haute tension comme les cordes d’une basse gigantesque. Ça devient dangereux pour le mauvais temps car, il suffit d’avoir les doigts assez longs pour faire sonner l’instrument. Et BOUM DOULOUN. Les nuages ont toutes les chances de tomber du ciel.

*

Un enfant nu c’est comme un pays magnifique. On ne peut pas s’empêcher de l’habiller parce que c’est comme ça ; parce qu’il le faut. Et même si bien des manufactures contribuent à rendre le monde moins beau.

 

Yann Hamonet
espace web de Romain Philippon, photographe indépendant
Septembre 2018

Je vous invite à apprécier les photographies accompagnées des textes sur http://www.antimemoires.fr/

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